Wade, le pouvoir, les privilèges et les responsabilités ( Par Aly Ngouille Ndiaye )

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Après le départ de Abdou Diouf du pouvoir, ses enfants n’ont jamais été inquiétés. Leur cas n’a jamais été abordé dans le débat public parce que le Président Abdou Diouf en grand républicain a toujours compris que la République élit un homme et pas une famille. C’est dans une monarchie qui est le système politique où le pouvoir est attaché à un homme, à sa famille et à sa des- cendance que les membres de la famille ont des rôles politiques mais jamais dans une république qui est le système où le pouvoir n’est pas atta- ché à un homme ou sa famille. L’ancien Président Wade ne peut nul- lement se prévaloir de ses propres turpitudes, c’est-à-dire mettre ses enfants au cœur de la gestion des affaires de la cite et se scandaliser chaque fois qu’on ose leur demander des comptes. La notion d’accountabi- lity est devenue aujourd’hui univer- selle parce que même dans les monarchies, les têtes couronnées rendent comptent et justifient l’ar- gent que leurs sujets contribuables mettent à leur disposition. Si la Reine Elisabeth II de Grande Bretagne et le Roi Juan Carlos d’Espagne ne sont pas au dessus de la notion d’accoun- tability, pourquoi Karim et Sindiely le seraient alors que nous sommes dans une république? Le comportement de Wade confirme la justesse des propos de Ousmane Ngom en 1998 quand il disait « Wade parle en républicain mais agit en monarque ». Le Ministre d’Etat Amath Dansokho qui connait très bien Abdoulaye Wade a dit un jour de façon fort juste que « si Wade avait été élu dans les années 70, il serait proclamé empereur ». Son comportement à la tête de l’Etat a montre qu’il ne serait pas un despote éclairé car il se comporterait plus en Bokassa qu’en Napoléon, un des plus grands bâtisseurs de l’Etat français alors que Wade, même s’il a fait des routes et des ponts, a mis à genoux notre Etat et s’efforce de continuer son œuvre de destruction de l’Etat depuis sa retraite de Versailles.

Quand Senghor a quitté le pouvoir, il s’est toujours interdit par élégance républicaine de se prononcer sur le Sénégal sous Abdou Diouf. Ce dernier a respecté cette tradition républicaine en gardant stoïquement le silence malgré les attaques personnelles de Wade.
Dans une république, les anciens Présidents ont la courtoisie de quitter l’espace public pour laisser les cou- dées franches à leur successeur. C’est une tradition républicaine et l’âme de la république est dans les traditions. C’est un combat perdu d’avance que de penser que Wade va respecter cette tradition. Parce que Wade est convaincu que tout ce qui s’est passé dans notre histoire avant 2000 ne visait qu’à annoncer son règne et tout se qui se passera après ne sera qu’un « long commentaire » de son règne.

Quand on est à un niveau si élevé de narcissisme politique, il devient inac- ceptable de ne plus être au centre de l’espace public. Wade a été pendant douze ans le maitre du jeu mais de tout temps il a été maitre du Je. C’est parce qu’il est maitre du Je qu’il demande à ses anciens ministres de ne pas répondre à la justice.

Wade est peut être un grand démo- crate mais c’est un piètre républicain. Dans une république, tous les citoyens sont égaux devant la loi et «La notion d’accountability est devenue aujourd’hui universelle parce que même dans les monarchies, les têtes couron- nées rendent comptent et justifient l’ar- gent que leurs sujets contribuables met- tent à leur disposition»

«Maintenant c’est le temps de la république. …le refus de répondre à la justice de son pays est déjà en soi une pré- somption de culpabilité»

on ne défie pas la justice qui, selon que « vous soyez riche ou pauvre vous rendra blanc ou noir ». Le pro- jet de Wade est un poison dangereux pour la survie de notre république parce que voulant créer une justice à deux vitesses : une pour le bas peuple et une autre pour les grands dignitaires politiques et étatiques qui se seraient arrangés pour s’octroyer une impunité et donc une irresponsa- bilité illimitée.

C’est du bon sens, mais il faut le rappeler parce qu’appa- remment le bons sens n’est pas la chose la mieux partagée chez les opposants. Il faut leur rappeler qu’il n y a pas de pouvoir sans responsabili- tés et on ne peut pas avoir exercé le pouvoir au niveau le plus élevé et vouloir se dérober de ses responsabi- lités par une stratégie de politisation de dossiers judiciaires. Les anciens Ministres de Wade savent qu’ils ren- dront compte.

Leurs gesticulations visent à s’attirer la compassion de l’opinion publique mais c’est perdu d’avance parce que l’égalité des citoyens devant la loi est la première demande sociale parce qu’étant un des piliers de la république. Si ceux qui ont des responsabilités publiques au plus haut niveau ne rendent pas compte, comment voulez vous que les citoyens respectent l’autorité de la justice? Il convient juste de rappeler qu’il n’y a pas de société ou de contrat social sans justice.

Par stratégie, le PDS veut nous rame- ner à l’ère des furies et des troubles que nous avons dépassé depuis la Présidentielle du 25 mars avec un choix clair des sénégalais qui nous ont fixé une nouvelle feuille de route. Il faut que chaque chose se fasse en son temps. L’ère des furies et de la démocratie avec la loi de la majorité, c’était pendant la campagne électora- le. Maintenant c’est le temps de la république. La république c’est avant tout le règne de la loi pas de la foule ou de l’opinion. Le règne de la loi est le premier critère de l’émergence qui est notre objectif principal. Qui vien- dra investir dans un pays où on peut gérer par pertes et profits des milliers de milliards de l’argent public ? Qui viendra investir dans un pays où les ministres et les anciens ministres sont au dessus des lois et où on a l’impres- sion que la classe politique s’octroie des privilèges de juridiction pour ne pas parler d’une zone de non droit réservé aux hommes politiques?

Aucun républicain ne peut l’accepter . Notre droit garantit la présomption d’innocence mais le refus de répondre à la justice de son pays est déjà en soi une présomption de cul- pabilité. Le Sénégal n’a plus rien a prouver sur la plan politique et démo- cratique. Le seul combat qui vaille maintenant c’est le combat pour la croissance et l’émergence qui com- mence par l’Etat de droit qui garantit l’égalité devant la loi mais aussi et surtout la sécurité juridique et judi- caire pour les personnes et les entre- prises. L’Etat ne reculera pas parce que c’est un défi majeur pour savoir si on veut créer la rupture et bâtir un Etat de Droit ou laisser survivre un « Etat prébendier » qui transcen- derait les alternances et ne serait qu’un instrument d’enrichissement pour les élites politiques. La rupture, ce ne sont pas seulement des paroles mais aussi des actes. Cette croisade contre l’enrichissement illicite est un acte fort parce que nous sortons des préceptes pour prêcher par l’exemple des actes.

Aly Ngouille Ndiaye Président Du Mouvement pour la Renaissance Du Djoloff

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